C’est triste mais oui.  Tout ce qui revêt une importance pour la vie des gens, tout ce qui les abîme ou les exalte devrait relever de l’humanisme, de l’art, de la psychologie, mais là les gouvernements successifs sont allés trop loin dans le mépris de la foule et il faut bien que la restauration de la paix, de la liberté, de la quiétude passe par la politique. On décide du sort des gens sans les consulter, on leur inflige des voisins qu’ils n’ont pas choisis, on leur dit qu’ils doivent « vivre ensemble » comme si le pays était un immense jardin d’enfants gouverné par une poignée d’instituteurs. Le pays n’est pas peuplé d’enfants mais d’adultes qui savent très bien avec qui ils sont compatibles ou non et qui entendent organiser leur vie à leur guise, c’est à dire soumettre leurs visiteurs à leurs lois millénaires, à leur esthétique, à leurs usages. Il n’existe pas de raison supérieure à celle de l’harmonie instinctive des peuples. Or l’instinct nous indique que nous nous sommes égarés. La politique consiste à raffiner, à canaliser l’instinct. Or elle s’est fourvoyée, elle cherche à l’ignorer, à réformer les gens dans leurs convictions les plus intimes. A les reformater. Elle a toujours échoué dans cette tâche idiote. A Moscou les églises rasées ont été reconstruites. Le rôle  des artistes est parfois de rappeler que la politique, c’est le moyen de restaurer un équilibre,  une harmonie perdus, qui étaient leur fond de commerce comme créateurs. Moi je suis un artiste de la paix, pas du chaos. Je veux préserver l’Europe des seins à l’air, des planches anatomiques, des animaux domestiques, des paillardises, du vin rouge, du dessin classique et de la peinture, de la sculpture de David et de Rodin. Si la politique consiste à défendre tout cela, j’en fais naturellement et je me présente demain.

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